J'AI PEUR DE L'EAU ET POURTANT, JE SURFE !

j'ai peur de l'eau et pourtant je surfe

"AURÉLIE, SURFER ? LA BLAGUE !"

Journaliste-photographe basée à Biarritz, son emploi du temps se laisse maintenant porter au gré des vagues.

Ses amis d'enfance et sa mère n'en reviennent toujours pas. Passer d'aquaphobe à surfeuse, ça c'est du challenge ! Aurélie peut dire qu'elle a aujourd'hui réussi à vaincre sa peur de l'eau, ou presque, car parfois, les vagues continuent de la tétaniser. Mais, peut-on surfer quand on a peur des vagues ?

AVEC UN NOM COMME @RIDEANDSEA, L'EAU, ÇA A TOUJOURS ÉTÉ TON ÉLÉMENT ?

Oh que non… moi et l’élément aquatique, c’est une histoire qui a plutôt très mal commencé. Dès mon plus jeune âge, ma mère, qui a expérimenté un début de noyade étant petite, m’a transmis sa peur de l’eau. Nous n’allions que très rarement à la mer - je vivais dans la campagne mayennaise, donc la côte n’était pas non plus très près - et ces rares fois, ne sachant pas nager ni l’une ni l’autre, nous ne nous baignions pas. A l’école primaire, puis au collège, la piscine était pour moi une vraie épreuve. Dans le car qui nous y emmenait, alors que tout le monde était surexcité à l’idée d’aller nager, moi je paniquais (pour ne pas dire pleurais) déjà… Quand je ne me trouvais pas une bonne excuse pour me faire dispenser, je « nageais » avec une ceinture et sans jamais mettre la tête dans l’eau. C’est seulement à la fin du collège, à mes 14 ans, que j’ai appris à nager… plus par fierté que par envie. Et toujours sans mettre la tête sous l’eau. Et c’est à 28 ans seulement que j’ai commencé à vraiment côtoyer l’océan… pour essayer de surfer !

aurélie michel journaliste ride and sea

VOULOIR SURFER QUAND ON A PEUR DE L'EAU, CELA PEUT PARAÎTRE PARADOXAL... QU'EST-CE QUI T'A DONNÉ ENVIE DE T'Y METTRE ?

J’ai rencontré un mordu de sports aquatiques (kite, surf…), qui ne concevait pas les vacances sans ce genre d’activités. Je l’ai d’abord beaucoup jugé : comment pouvait-il être accro comme ça, ne penser qu’à ça et organiser sa vie en fonction des conditions… ? C’est bête à dire, mais si je m’y suis mise au début, c’était plus pour essayer de le comprendre et de partager quelque chose avec lui que par véritable envie, l’eau n’étant à la base pas du tout mon élément. Un peu par jalousie, aussi : il semblait tellement s’amuser et était si heureux au retour d’une session... Alors, pourquoi pas moi ? J’ai voulu essayer…

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

COMMENT TES DÉBUTS EN SURF SE SONT-ILS PASSÉS ?

Je me suis essayée au surf à plusieurs reprises, seulement en vacances, puisque j’habitais à Paris. Et ça s’est révélé très compliqué. Tant qu’il s’agissait de prendre des mousses au bord, je n’avais pas peur. Mais quand il fallait aller au line up, là où il y a les « vraies » vagues, même par conditions microscopiques, je paniquais. Même quand j’étais accompagnée et qu’il y avait moins de 50 centimètres ! Le fait de ne plus avoir pied, d’être « loin » du bord et de voir les ondes arriver me mettait systématiquement mal à l’aise, au point d’en pleurer. Je ne comprenais pas cet élément et, surtout, ce que j’y faisais. De nombreuses fois, je suis retournée à la plage en me disant que ce n’était pas pour moi. Mais pourtant… les fois où on me poussait sur une vague, que je partais et que je glissais, je trouvais ça incroyable… Ce sont ces sensations magiques qui m’ont fait persévérer. Moi aussi j’étais devenue accro, au point de vouloir habiter près de l’océan.

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

PEUX-TU NOUS PARLER DE TA PROGRESSION EN SURF ?

J’ai surtout progressé en venant sur la côte, évidemment. Le surf reste un sport difficile, ingrat, qui nécessite beaucoup d’implication, d’autant plus quand on part avec une grande appréhension. J’ai surtout progressé depuis que j’ai décidé de ne plus me trouver d’excuses et d’y aller chaque fois que les conditions sont bien pour moi (étant freelance, j’arrive à m’organiser pour). Même si c’est tout petit : on apprend toujours quelque chose. Cela m’a amenée à aller surfer seule, très souvent, chose qui me paraissait inconcevable au début. Avant, je n’allais surfer que si quelqu’un allait surfer. Je suivais mes amis plus forts (ou moins peureux) que moi dans des spots qui ne me convenaient pas, si bien que souvent, je ne me mettais même pas à l’eau. Je me comparais énormément aux autres, à tort… car parfois, ces gens côtoient l’océan depuis tout petit. Bref, j’ai donc commencé à aller surfer seule, dans des spots qui me rassurent. Cela peut paraître triste et pourtant, c’est un excellent moyen de se rendre compte si on surfe vraiment pour soi, pour son plaisir, si on aime vraiment ça… En m’affranchissant du regard des autres, en me débrouillant, j’ai compris que je ne surfais ni pour le style, ni pour combler, ni pour épater qui que ce soit. Et encore moins pour les photos, car en surf on comprend vite qu’avant d’avoir une belle photo de soi à l’œuvre, il va se passer des années… C’est par contre un bon moyen pour voir ses défauts et les corriger. Bref, surfer seule m’a permis d’être sûre que je surfais pour moi, parce que j’aimais ça. J’aime ces sensations, j’aime voir que je progresse techniquement et que mes peurs si grandes du début s’estompent peu à peu.  Malgré tout, cela prend du temps et il y a encore beaucoup de chemin.

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

TU N'AS PLUS PEUR DE L'EAU, AUJOURD'HUI?

Oh que si. Plus dans 50 centimètres heureusement, mais il suffit que les séries fasse un mètre et plus, que les vagues soient plus creuses que d’habitude ou que le line up se trouve loin de la plage… et les blocages reviennent. C’est frustrant, car parfois j’en ai marre des petites vagues molles :) J’ai même pensé à tester l’hypnose… à voir ! Cela dit, souvent, par peur des « grosses » séries, je me « réfugie » tellement loin au large que je me retrouve à ne prendre que les « bombes » de la session (oui, bon, tout est relatif) et à me surprendre moi-même ! Comme quoi, parfois, ça a du bon d’avoir la trouille…

LES PLANCHES EN MOUSSE, TU EN PENSAIS QUOI QUAND TU AS COMMENCÉ ?

A mes débuts, même si mes vagues se résumaient à des touts droits dans des mousses pliée en deux, j’étais fière. A mes yeux, ça y est, j’étais une vraie surfeuse…. Avec le recul, j’étais juste une kook, une vraie ! Et en bonne kook que j’étais, je ne voulais SURTOUT PAS d’une planche en mousse. Pour moi, c’était synonyme de honte, de nullité, de « fausse glisse ». Quand j’ai su que j’allais habiter sur la côte, je me suis donc acheté un beau longboard, bien grand, bien cher, bien lourd… Et puis je me suis rendu compte, il n’y a pas si longtemps, qu’il n’y avait rien de honteux à surfer avec une mousse. Bien au contraire. Surtout au début, quand on n’est pas sûr de son take off, quand on n’arrive pas à tourner et encore moins à slalomer entre les gens… Avec mon beau longboard, ce n’était plus seulement la peur des vagues qu’il me fallait gérer, mais aussi celles de me blesser, de blesser quelqu’un, de casser ma planche ou celle d’un autre… Résultat : je ne prenais vraiment pas beaucoup de vagues. Or c’est en prenant des vagues qu’on progresse techniquement, qu’on apprend à lire l’océan… Et plus on progresse, plus on est sûr de soi, moins on a peur… Le « moussu », comme on dit, c’est vraiment top pour apprendre. C’est libérateur.

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

ET AUJOURD'HUI, IL T'ARRIVE DE SURFER AVEC UN "MOUSSU" ?

Oui ! Quand je me suis rendu compte que j’avais encore beaucoup d’appréhensions, même après un an passé sur la côte, j’ai décidé de mettre mon gros longboard de côté. J’ai commencé à utiliser une planche en mousse que j’avais achetée pour prêter aux copains qui venaient en vacances : une 8’6 Olaian. Je me suis sentie libérée de nombreuses craintes, notamment celles de blesser et de casser. D’autant plus l’été, quand il y a beaucoup de monde à l’eau. Avec, je prenais trois fois plus de vagues qu’avec mon longboard. J’ai aimé cette planche qui partait facilement, mais j’y voyais quand même un frein à ma progression. Elle était super pour faire des take off, mais difficile à tourner pour un gabarit comme le mien. J’ai donc décidé de tester le longboard en mousse 9’ Olaian. Très bonne surprise : la rame est facile, elle part très facilement, elle est manoeuvrable. Mais surtout, grâce à elle, j’ai commencé à me déplacer en faisant mes premiers vrais pas croisés, chose qui ne m’était presque jamais arrivée avec mon « vrai » longboard. Le fait que ce longboard soit en mousse m’a vraiment décomplexée et débloquée. Je compte bien ressortir mon beau longboard, mais en attendant, je m’entraine sur la mousse…

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

AVEC LE RECUL, TU REGRETTES DE NE PAS AVOIR DÉBUTÉ LE SURF AVEC UNE PLANCHE EN MOUSSE ?

Oui, sans hésitation. Quand on est débutant, on a tendance à vouloir brûler les étapes. On veut une vraie planche. On la choisit parfois trop courte (ou au contraire trop longue), sans assez de volume, trop technique… Résultat, on peine à prendre des vagues. Et c’est bel et bien en prenant des vagues, beaucoup de vagues, qu’on progresse. Avec une planche en mousse, on prend vague sur vague, car c’est volumineux, c’est facile à la rame, on a moins peur de provoquer un accident… bref, c’est décomplexant. Et il ne faut pas croire : c’est aussi sensationnel ! D’ailleurs, on voit de plus en plus de bons surfeurs surfer avec des planches en mousse, l’été.

glisse sur la vague avec une planche de surf en mousse noserider

QUEL EST TON SECRET POUR PERSÉVÉRER EN SURF ?

Comme toujours, dans la vie, si on a un but qui nous tient vraiment à coeur, il faut avant tout compter sur soi. Trop attendre des autres, c’est parfois passer à côté de super sessions avec des conditions parfaites pour nous. Toujours vouloir être accompagné de son copain, par exemple (j’étais comme ça et je connais de nombreuses filles dans ce cas), ce n’est pas forcément une bonne idée. Surtout si celui-ci a un meilleur niveau. Au bout d’un moment - et on le comprend vite quand on progresse - il n’aura plus forcément envie de nous « assister », d’aller à ce spot qu’on aime tant mais que lui trouve mou ou blindé de monde... Ou alors, il ne sera pas forcément libre à ce moment-là... Aussi, si on aime particulièrement un spot qui ne plait pas à ses amis ou si au contraire, un spot qu’ils fréquentent nous fait trop peur (pour le moment), il faut savoir s’écouter et surfer où on se sent bien. Il y a des gens qui progressent en se faisant violence, il y en a d’autres (c’est mon cas) qui ont besoin d’y aller très doucement, petite étape par petite étape. Quitte à être seul, on y revient ! De toute façon, à l’eau, on est au final rarement seul... on recroise toujours des têtes familières. 

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LE MOT DE LA FIN ?

Ce qui paraissait impossible hier ne l’est pas forcément aujourd’hui. Rien n’est insurmontable… Aurélie, surfer ? La blague ! Mes amis d’enfance et ma mère n’en reviennent toujours pas. Tout comme moi, je n’arrive toujours pas à réaliser que ma mère a appris à nager cette année, à 66 ans, bravant la plus grande angoisse de sa vie ! A propos : essayez de ne pas transmettre vos angoisses aux enfants, car il est pour eux très difficile de s’en détacher ensuite.

une surfeuse qui tient son longboard sur la plage en maillot de bain

OÙ TE RETROUVER ?

Sur Insta : @rideandsea et @lavieencyan (dessins humoristiques autour du surf)

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